Chers amis, sœurs et frères en Christ,

Dans la Tradition ecclésiale occidentale, le cycle liturgique a atteint son zénith, dimanche dernier, à l’occasion de la solennité de la Pentecôte, fête de l’accomplissement de la splendeur trinitaire… Le Feu tant désiré est descendu du ciel. Alors qu’Israël chantait et dansait à Jérusalem, célébrant « la fête des semaines » (récoltes des blés et des orges) et la mémoire du don de la Torah à Moïse, cinquante jours après la sortie d’Egypte, les apôtres réunis dans la chambre haute sont baptisés dans l’Esprit Saint...

Les mots du texte sacré (Actes des Apôtres, chapitre 2) semblent manquer d’espace pour décrire leur ineffable expérience… A l’Annonciation, Marie, la Vierge, avait été visitée du feu de l’Esprit Saint, à travers la présence de l’archange Gabriel et avait conçu le Verbe ; à la Pentecôte, les apôtres réunis autour de Marie reçoivent sous forme de « langues qu’on eût dites de feu », le don de parler et d’entendre le langage de l’autre pour célébrer avec lui les merveilles de Dieu… Dans le dépassement de toutes les contradictions du monde, dans l’avènement de l’Unité retrouvée au cœur de différences qui ne sont plus vécues comme des séparations, la Pentecôte de Jérusalem devient « prémices » de la grande réparation du chaos de Babylone, ville symbolique de tous les désordres relationnels (fusions, confusions, emprises ou exclusions…)
La chambre haute devient brusquement buisson ardent, l’Epouse humanité est visitée de l’Epoux divin, la puissance de l’Amour vient transformer les cœurs et les intelligences humaines, le ciel et la terre sont embrasés, le festin nuptial est partagé, tout est devenu feu et amour…
Jésus, le Maître, nous l’avait annoncé : « Je suis venu jeter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il fût déjà allumé… » (Luc 12, 49).
La Pentecôte est le moment où le monde est « mis en feu » par l’Esprit. Tout part du cénacle dans une contagion du Vivant que rien ne pourra plus arrêter…

Saisis ensemble dans l’embrasement de l’Esprit, les apôtres deviennent l’Eglise, levain de la nouvelle humanité au cœur de l’Ancien Monde…
L’Eglise est née, en ce jour de Pentecôte, comme fruit d’une Alliance consommée !...
Alors, les disciples de Jésus, simples pêcheurs galiléens aux mains rugueuses et aux paroles hésitantes deviennent des pêcheurs d’hommes éclairés, serviteurs de l’Esprit déployant Ses filets de Lumière sur les terres enténébrées du monde. Des hommes, des femmes, des enfants « apparemment ordinaires », saisis par l’Esprit sont capables de vivre, libres, une mort douloureuse en chantant le Nom du Seigneur. Le temps des martyrs est là ; Jésus l’avait annoncé : « vous serez mes témoins (« marturion » en grec, d’où le mot martyr) à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes des Apôtres 1, 8b)
Ils inspirent le climat des premiers temps de l’Eglise marqué par une Joie imprenable soulevant toutes les peurs et morosités du monde et une profusion de dons spirituels (don des langues, guérisons miraculeuses, visions et révélations prophétiques…)

L’Esprit Saint transforme aussi radicalement tous les comportements relationnels des proches disciples du Christ en les rendant ensemble « un seul cœur et une seule âme », dans le respect des charismes uniques de chacun et chacune. Ainsi, recevoir l’Esprit Saint, pour les disciples du Christ de tous les temps, c’est véritablement achever de naître en Eglise comme Personnes uniques signifiant au monde une manière unique d’incarner la Vie, l’Amour, la Conscience.
Et encore plus concrètement, l’Esprit Saint vient achever son « agir » dans le tissu de nos vies ordinaires en nous invitant à vivre de véritables pentecôtes relationnelles : ouvrir nos relations brisées, blessées, fracturées à la Présence de l’Esprit et devenir ainsi messagers de la relation consciente pour transmettre le témoignage de l’Un retrouvé dans tous les tombeaux et cachots des mondes extérieur et intérieur…
N’est-ce pas finalement devenir les témoins (martyrs) vivants de la Présence vibrante du Saint ?

« Je veux être sainte… sinon rien » s’écrie, ivre d’Amour, sainte Thérèse de Lisieux. « Le but de la vie chrétienne, c’est l’acquisition de l’Esprit Saint » enseigne, de manière plus prosaïque, saint Séraphin de Sarov.
Etre saint (e), devenir demeure de l’Esprit Saint, être habité du feu tant désiré… sinon rien !!! Que vaut notre vie mortelle si elle ne devient pas le lieu d’éveil à la Vie éternelle ? Que vaut notre lourde matière si elle ne devient pas tabernacle de la Présence infiniment légère de la Gloire de Dieu ?

En nous donnant l’Esprit Saint, Dieu nous « oblige » à accomplir le plus haut destin de l’homme. Le plus haut destin de l’homme, ce n’est pas seulement de croire en Dieu, ce n’est pas seulement de pratiquer telle ou telle voie religieuse pour s’unir à Lui ; le plus haut destin de l’homme est de « faire Dieu » à la mesure où nous « sommes faits par Lui ». Voilà le chemin de la déification ; voilà la très haute responsabilité ; voilà l’ultime liberté ; voilà le couronnement de l’Amour et la perfection de la Voie.
Dieu, au travers de l’Alliance d’origine, confie à l’homme créé à son image, la mission de « devenir dieu ». Faire accéder l’homme à Sa ressemblance par le « Faire » de l’Esprit Saint au cœur de chacune de nos vies consacrées.

On demandait à Jean Cocteau : « si votre maison brûlait, qu’emporteriez-vous ? » « J’emporterais le feu !...»
Au cœur de l’effondrement de toutes nos représentations personnelles et collectives, puissions-nous nous rendre capable de recevoir le Feu tant désiré et de veiller sur Lui…
Cela pourrait nous demander beaucoup de patience, de vigilance, de confiance et… d’humilité.
Chaleureuses bénédictions à l’orée d’un nouvel été…


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+ Martin, évêque de saint Maximin - La Sainte Baume
 
citation du mercredi

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