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L'Orthodoxie occidentale, l'Orthodoxie française !
Au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen !
Mes amis, permettez-moi de faire un genre de confession, une mise au point de l'œuvre que je dirige et à laquelle vous collaborez - c'est-à-dire l'Orthodoxie occidentale, l'Orthodoxie française - de ce qu'humblement j'essaie d'apporter à cet effort admirable et de ce qu'il peut produire dans l'avenir si nous suivons la volonté divine.
L'Orthodoxie occidentale, l'Orthodoxie française ! Elle se définit par ces deux mots : «orthodoxie» et «occidentale» ou «française». Le premier terme: orthodoxie, qu'est-ce à dire ? Est-ce quelque chose d'anti-romain, d'anti-protestant ? Non. Ce n'est rien de «contre », car être «contre» serait un esprit de schisme.
L'Orthodoxie, mot étrange qui couvre une réalité merveilleuse. L'Orthodoxie, c'est la source de toutes les Églises, l'Église elle-même comme mère des autres Églises; ce n'est pas un retour artificiel vers le passé, mais la présence de cette source dans les temps actuels.
L'Orthodoxie, prédominance de la vie chrétienne sur la doctrine abstraite, non qu'elle ne nous instruise - elle nous instruit « à temps et à contretemps» - non qu'elle laisse de côté l'intelligence - elle la nourrit par la connaissance de la théologie et fortifie notre volonté - mais au-dessus de la connaissance abstraite, l'Orthodoxie, à l'image de l'Église indivise des premiers siècles ou de l'Église tout simplement, est la vie dans cette Église et dans l'Esprit-Saint.
Étrange Orthodoxie, étrange Église primitive présente dans les temps actuels. Elle ne contraint personne et pourtant l'on s'attache de telle manière à sa vérité qu'aucune épreuve ne peut nous en détacher, nous en arracher. Pourquoi ? Parce que dans les autres formes confessionnelles, on est lié à la confession par logique humaine, par intérêt spirituel, par contrainte et même par crainte d'être perdu - hors de l'Église, point de salut. On adhère à quelque chose en dehors de soi. Le mystère de l'Eglise des premiers chrétiens, de l'Orthodoxie de tous les temps, réside dans le fait qu'on est plus que l'on ne s'accroche. J'ai connu des gens qui, ayant beaucoup souffert dans leur vie, subi de nombreuses attaques d'incompréhension de la part des orthodoxes, ne pouvaient cependant extraire leur attachement à l'Orthodoxie, sentiment qui pourrait être comparé à l'attachement au sol, à la patrie. Lorsqu'on est orthodoxe, on l'est organiquement, parce qu'on devient « Corps du Christ » non du point de vue belle organisation ou fierté d'appartenir à une immense Eglise, ou parce que nous nous sentons forts en elle, mais parce que nous sommes «chair de sa chair, os de ses os». Quand Adam vit Ève, il s'écria : «Voici la chair de ma chair, l'os de mes os !» L'Eglise du Christ, que l'on nomme maintenant «orthodoxe», répond au Second Adam : «Nous sommes la chair de ta chair, l'os de tes os». Nous sentons par l'Orthodoxie, unité tout intérieure, couler dans nos veines le sang de la Vierge.
L'Orthodoxie : certes, où est la liberté sont parfois les difficultés, les disputes, les incom-préhensions, mais aussi l'union intérieure, semblable à celle d'un enfant attaché aux entrailles de la mère. L'Orthodoxie nous fait entrer dans les entrailles maternelles de l'Eglise que le Christ a rachetée de son Sang. Et voilà pourquoi nous n'avons pas, dans l'Orthodoxie, ce terrible conflit qui déchire tant de consciences, conflit entre l'Eglise et la science, l'Eglise et l'Etat, l'Eglise et notre conscience. Quelle en est la raison ? Lorsqu'il y a conflit, cela montre que l'Eglise n'est pas inscrite organiquement en nous. S'il se dresse un conflit entre l'Eglise et ma conscience, l'Eglise et mes convictions politiques, son enseignement et mes aspirations spirituelles, initiatiques ou scientifiques, c'est qu'elle n'est pas encore devenue chair de ma chair, os de mes os, qu'elle demeure extérieure à moi, s'imposant comme une autorité et une doctrine extérieures. L'enseignement de l'Eglise orthodoxe est différent ; il nous introduit dans les Mystères par la liturgie et la prière, par notre entrée dans la communauté et l'entrée dans sa vie.
Mais, je veux, aujourd'hui, dire ici la grandeur des Eglises orthodoxes d'Orient. Elle ne consiste pas seulement en ce que l'âme slave sache si bien prier, ou que les Grecs soient de merveilleux et uniques poètes, tels un Damascène ou un Roman le Mélode. Elle n'est pas non plus seulement en la souffrance endurée par d'innombrables martyrs pendant que l'Occident jouissait de la tranquillité ; certes, tout ceci est grand, tout ceci est magnifique et peut nous fournir d'admirables exemples dignes d'apologie, mais ce qui est irremplaçable dans l'Eglise d'Orient, c'est qu'elle nous a préservé au travers de toutes les vicissitudes et les difficultés de l'histoire de l'humanité, cette Eglise-mère, cette Eglise organique, cette Eglise qui est une intérieurement, qui a su placer la vie au-dessus de l'abstraction, de l'organisation et de la pensée. Elle nous a préservé ! Et s'il n'y avait pas eu d'Eglise d'Orient pour nous garder intact ce trésor que l'on appelle Orthodoxie, nous ne pourrions pas, au XXe siècle, faire artificiellement un saut en arrière et revenir aux sources… Ma pensée s'élance vers les Eglises orthodoxes de l'Orient et leur dit : «Soyez bénies ! Vingt siècles ont passé et vous avez gardé intact le dépôt, protégé la source qui vient des siècles primitifs. »
Il incombe à l'Occident, à nous tous, de faire couler cette source ici-même. Sommes-nous «contre» quelque chose ? Non, mes amis. Mais l'Orthodoxie est une nécessité pour des milliers d'âmes! - Si certaines n'en ont pas besoin, qu'elles demeurent surtout là où elles sont - Je vous l'assure, c'est une nécessité, un cri de multitudes de multitudes d'âmes, celles qui sont déjà parties de cette terre et celles qui vivent encore ou qui viendront, une nécessité de retrouver l'Eglise indivise, dépouillée de conflit entre ma conscience et son enseignement, mes convictions et ses dogmes, sans crise permanente entre son autorité et ma liberté, crise qui provient de ce que l'Eglise ayant perdu l'unité intérieure, l'autorité, la doctrine et l'unité extérieure sont, de ce coup, placées au-dessus de la vie. C'est une nécessité et, veut-on ou ne veut-on pas, y aura-t-il des difficultés ou n'y en aura-t-il pas, de jour en jour l'Eglise orthodoxe grandira jusqu'à parvenir au nombre voulu par Dieu.
Et maintenant, laissez-moi vous faire une confession personnelle. Vous pouvez vous demander, à juste titre, pourquoi un Russe comme moi a donné toute sa vie à cette Orthodoxie occidentale et française ? N'eût-il pas été plus naturel qu'à ma place, ici, aujourd'hui, soit un Français ? Que vous répondrai-je ?
Durant des années, j'ai cherché ce Français, je suis resté laïc, à la queste de cet Occidental cent pour cent, capable d'occuper cette place. De 1925 à 1937, je suis resté en queste, priant Dieu de me faire rencontrer cet homme et lui disant : «Seigneur, indique-le moi, afin que je le serve et lui remette l'œuvre. Qu'il vienne, qu'il prenne cette place ! » Et je ne trouvais personne. Enfin, il vint. C'était Monseigneur Winnaert. Mais, à peine avait-il posé les premières pierres de l'Église orthodoxe occidentale, à peine était-il entré dans l'Eglise orthodoxe, que Dieu le rappelait au ciel. Et en mourant, il me dit : «Incline ta tête et accepte de travailler à ma place.» Je ne pouvais refuser à celui qui allait quitter cette terre ; je courbais donc ma tète et fut ordonné prêtre. J'acceptais. Mais en acceptant, mes amis, il me fallait réaliser un long travail..., car - et ici nous revenons à l'Orthodoxie occidentale et française - d'un côté, j'avais certes l'assurance de sortir moi-même de cette source orthodoxe, des profondeurs des entrailles orthodoxes pour vous apporter la pure doctrine, mais je comprenais en même temps qu'il y avait un autre travail à accomplir, un travail d'abnégation. Le Christ a dit : « Celui qui ne quitte pas son père et sa mère n'est pas digne de moi.» Pour m'attacher à vous et à l'œuvre, je devais quitter mon père et ma mère, mon passé, ma tradition culturelle, épouser l'Occident et la France, tourner le dos à l'Orient, non à ce qu'il a de précieux du point de vue sauvegarde de l'Orthodoxie, mais à ce qui lui est spécifique. Ce fut mon monachisme, et maintenant, je puis le dire, je suis vraiment le serviteur cent pour cent de l'Occident et de la France orthodoxe.
Il est intéressant de noter que dans tous les pays d'Europe, en Allemagne, en Italie, en Suisse, en Angleterre, en Hollande, nous voyons des mouvements de retour à l'Orthodoxie. Je pense, néanmoins, que c'est à la France de prendre le flambeau. Le peuple français possède une qualité très particulière, que l'on pourrait désigner par : esprit chevaleresque et missionnaire, «Dieu premier servi». Un archimandrite grec me disait à Paris, il y a dix ans : « Les Grecs ont pensé, les Russes ont senti, les Français réaliseront.» Il y a, en France, un esprit de conquête, un esprit de service, un esprit de sacrifice pour un idéal. Voilà la raison pour laquelle je crois que c'est la France qui réalisera, augmentera, fortifiera, propagera et confessera cette Église orthodoxe en général et occidentale en particulier. Et Dieu me souffla que si nombre de peines nous attendent encore pour nous purifier, nous ne sommes pas loin cependant d'une réalisation merveilleuse, et qu'en grandissant, cette Eglise donnera une infinité de grâces aux âmes, qu'elle aidera quantité d'êtres à se retrouver non seulement dans les épreuves personnelles, mais aussi dans les épreuves mondiales. Pendant les périodes très critiques que l'Europe subira bientôt, elle donnera la possibilité de «connaître », avec l'espérance d'un Péguy, la puissance du Saint-Esprit, et permettra de traverser les vagues de ce monde la tête haute et confiante.
Que Dieu soit loué, Père, Fils et Saint-Esprit, aux siècles des siècles. Amen !
Père Eugraph Kovalevsky, (1956)
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Les métanies : 1) Inclination 2) métanie 3) Grande prosternation.
La prière de Carême :
Prière de Saint Ephrem le Syrien
Parmi toutes les hymnes et prières de Carême se trouve une courte prière que l'on peut appeler la prière du Carême.
La tradition l'attribue à l'un des grands maîtres de la vie spirituelle, saint Éphrem le Syrien (+373). En voici le texte :
Seigneur et Maître de ma vie,
éloigne de moi l'esprit d'oisiveté, de découragement,
de domination et de vaine parole ,
Mais donne-moi un esprit d'intégrité, d'humilité,
de patience et d'amour.
Oui, Seigneur Roi,
accorde-moi de voir mes fautes
et de ne pas juger mon frère,
car tu es béni pour les siècles des siècles. Amen.
( On répète 3x la prière avec une prosternation à la fin.)
Pourquoi cette courte et si simple prière occupe-t-elle une place aussi importante dans la prière liturgique du Carême ? C'est qu'elle énumère d'une façon très heureuse tous les éléments négatifs et positifs du repentir, et constitue en quelque sorte un aide-mémoire pour notre effort personnel de Carême. Cet effort vise d'abord à nous libérer de certaines maladies spirituelles fondamentales qui imprègnent notre vie et nous mettent pratiquement dans l'impossibilité de commencer même à nous tourner vers Dieu.
La maladie fondamentale est l'oisiveté , la paresse. Elle est cette étrange apathie, cette passivité de tout notre être, qui toujours nous tire plutôt vers le bas que vers le haut, et qui, constamment, nous persuade qu'aucun changement n'est possible, ni par conséquent désirable. C'est, en fait, un cynisme profondément ancré qui, à toute invitation spirituelle, répond : " À quoi bon ? " et qui fait ainsi de notre vie un désert spirituel effrayant. Cette paresse est la racine de tout péché, parce qu'elle empoisonne l'énergie spirituelle à sa source même.
La conséquence de la paresse, c'est le découragement . C'est l'état d'acédie, ou de dégoût, que tous les Pères spirituels regardent comme le plus grand danger pour l'âme. L'acédie est l'impossibilité pour l'homme de reconnaître quelque chose de bon ou de positif : tout est ramené au négativisme et au pessimisme. C'est vraiment un pouvoir démoniaque en nous, car le diable est fondamentalement un menteur. Il ment à l'homme au sujet de Dieu et du monde ; il remplit la vie d'obscurité et de négation. Le découragement est le suicide de l'âme, car lorsque l'homme en est possédé, il est absolument incapable de voir la lumière et de la désirer.
Aussi étrange que cela puisse paraître, c'est précisément la paresse et le découragement qui emplissent notre vie du désire de domination . En viciant entièrement notre attitude devant la vie, et en la rendant vide et dénuée de tout sens, ils nous obligent à chercher compensation dans une attitude radicalement fausse envers les autres. Si ma vie n'est pas orientée vers Dieu, ne vise pas les valeurs éternelles, inévitablement elle deviendra égoïste et centrée sur moi-même, ce qui veut dire que tous les autres êtres deviendront des moyens au service de ma propre satisfaction. Si Dieu n'est pas le Seigneur et Maître de ma vie, alors je deviens mon propre seigneur et maître, le centre absolu de mon univers, et je commence à tout évaluer en fonction de mes jugements. De cette façon, l'esprit de domination vicie à la base mes relations avec les autres , je cherche à me les soumettre. Il ne s'exprime pas nécessairement dans le besoin effectif de commander ou de dominer les autres. Il peut tout aussi bien tourner à l'indifférence, au mépris, au manque d'intérêt, de considération et de respect. C'est bien la paresse et le découragement, mais cette fois dans leur référence aux autres ; ce qui achève le suicide spirituel par un meurtre spirituel.
Et pour finir, les vaines paroles. De tous les êtres crées, seul l'homme a été doté du don de la parole. Tous les Pères y voient le " sceau " de l'image divine en l'homme, car Dieu lui-même s'est révélé comme Verbe (Jn 1,1). Mais du fait qu'il est le don suprême, le don de la parole est par là même le suprême danger. Du fait qu'il est l'expression même de l'homme, le moyen de s'accomplir lui-même, il est, pour cette raison, l'occasion de sa chute et de son autodestruction, de sa trahison et de son péché. La parole sauve et la parole tue ; la parole inspire et la empoisonne. La parole est instrument de vérité et la parole est moyen de mensonge diabolique. Ayant un extrême pouvoir positif, elle a, partant, un terrible pouvoir négatif. Véritablement, elle crée, positivement ou négativement. Déviée de son origine et de sa fins divines, la parole devient vaine . Elle prête main forte à la paresse, au découragement, à l'esprit de domination, et transforme la vie en enfer. Elle devient la puissance même du péché.
Voilà donc les quatre points négatifs visés par le repentir ; ce sont les obstacles qu'il faut éliminer ; mais seul Dieu peut le faire. D'où la première partie de la prière de Carême : ce cri du fond de notre impuissance humaine. Puis la prière passe aux buts positifs du repentir qui sont aussi au nombre de quatre.
Si l'on ne réduit pas la chasteté , comme on le fait souvent de façon erronée, à son acceptation sexuelle, la chasteté peut être considérée comme la contrepartie positive de la paresse. La traduction exacte et complète du terme grec sophrosyni et du russe tsélomoudryié devrait être : " totale intégrité ". La paresse est avant tout dispersion, fractionnement de notre vision et de notre énergie, incapacité à voir le tout. Son contraire est alors précisément l'intégrité . Si par le terme de chasteté, nous désignons habituellement la vertu opposée à la dépravation sexuelle, c'est que le caractère brisé de notre existence n'est nulle part ailleurs plus manifeste que dans le désir sexuel, cette dissociation du corps d'avec la vie et le contrôle de l'esprit. Le Christ restaure en nous l'intégrité et il le fait en nous redonnant la vraie échelle des valeurs, en nous ramenant à Dieu.
Le premier fruit merveilleux de cette intégrité ou chasteté est l'humilité . Elle est par-dessus tout la victoire de la vérité en nous, l'élimination de tous les mensonges dans lesquels nous vivons habituellement. Seule l'humilité est capable de vérité, capable de voir et d'accepter les choses comme elles sont et donc de voir Dieu, sa majesté, sa bonté et son amour en tout. C'est pourquoi il nous est dit que Dieu fait grâce à l'humble et résiste au superbe (Pr 3,34 ; Jc 4,6 ; 1P 5,6) .
La chasteté et l'humilité sont naturellement suivies de la patience . L'homme " naturel " ou " déchu " est impatient parce que, aveugle sur lui-même, il est prompt à juger et à condamner les autres. N'ayant qu'une vision fragmentaire, incomplète et faussée de toutes choses, il juge tout à partir de ses idées et de ses goûts. Indifférents à tous, sauf à lui-même, il veut que la vie réussisse ici-même et dès maintenant. La patience, d'ailleurs, est une vertu véritablement divine. Dieu est patient non pas parce qu'il est " indulgent ", mais parce qu'il voit la profondeur de tout ce qui existe, parce que la réalité interne des choses que, dans notre aveuglement, nous ne voyons pas, est à nu devant lui. Plus nous nous approchons de Dieu, plus nous devenons patients pour tous les êtres, qui est la qualité propre de Dieu.
Et enfin, la couronne et le fruit de toutes les vertus, de toute croissance et de tout effort, est la charité , cet amour qui ne peut être donné que par Dieu, ce don qui est le but de tout effort spirituel, de toute préparation et de toute ascèse.
Tout ceci se trouve résumé et rassemblé dans la demande qui conclut la prière de Carême et dans laquelle nous demandons " de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère ". Car, finalement, il n'y a qu'un danger : celui de l'orgueil . L'orgueil est la source du mal et tout mal est orgueil. Pourtant, il ne me suffit pas de voir mes propres fautes, car même cette apparente vertu peut tourner en orgueil. Les écrits spirituels sont remplis d'avertissements contre les formes subtiles d'une pseudo-piété qui, en réalité, sous couvert d'humilité et d'auto-accusation, peut conduire à un orgueil vraiment diabolique. Mais quand nous " voyons nos fautes " et " ne jugeons pas nos frères ", quand, en d'autres termes, chasteté, humilité, patience et amour ne sont plus qu'une même chose en nous, alors et alors seulement, le dernier ennemi - l'orgueil - est détruit en nous.
Après chaque demande de la prière, on se prosterne. Ce geste n'est pas limité à la prière de saint Éphrem, mais constitue une des caractéristiques de toute la prière liturgique quadragésimale. Ici, cependant, sa signification apparaît au mieux. Dans le long et difficile effort de recouvrement spirituel, l'Église ne sépare pas l'âme du corps. L'homme tout entier, dans sa chute, s'est détourné de Dieu ; l'homme tout entier devra être restauré ; c'est tout l'homme qui doit revenir à Dieu. La catastrophe du péché réside précisément dans la victoire de la chair - l'animal, l'irrationnel, la passion en nous, - sur le spirituel et le divin. Mais le corps est glorieux, le corps est saint, si saint que Dieu lui-même s'est fait chair (Jn 1,14). Le salut et le repentir ne sont donc pas mépris ou négligence du corps, mais restauration de celui-ci dans sa vraie fonction en tant qu'expression de la vie de l'esprit, en tant que temple de l'âme humaine qui n'a pas de prix. L'ascétisme chrétien est une lutte, non pas contre le corps mais pour le corps. Pour cette raison, tout l'homme - corps, âme et esprit - se repent. Le corps participe à la prière de l'âme, de même que l'âme prie par et dans le corps. Les prosternations, signes psychosomatiques du repentir et de l'humilité, de l'adoration et de l'obéissance, sont donc le rite quadragésimal par excellence.
Extrait d'Alexandre Schmemann, Le Grand Carême :
Ascèse et Liturgie dans l'Église orthodoxe.
Éditions de l'Abbaye de Bellefontaine, 1977
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Marie-Pierre a choisi ces textes comme sujet pour son travail de scrapbooking.
Elle nous les communique sur ce forum.
Le site la présente ainsi : décoratrice débutante. Localisation : Jura -Suisse.
SITE : SCRAPDECO.COM - Site de scrapbooking.
http://www.scrapdeco.com/forum/viewtopic.php?t=6447&sid=d80443114fd5e639455130905be07149
Son message d'en-tête :
"Pour simplifier les choses, je remets ci-dessous les 3 premières pages de l'Avent pour vous éviter d'aller dans les archives de novembre et aujourd'hui, j'ajoute le "4", un arbre plein de douceurs...
Premier jour :
L'Avent, c'est comme une main d'homme qui, tendrement,
caresse le ventre de la promesse.
L'Avent, c'est la paume de Dieu sur le fruit de nos âmes qui,
patiemment, attend nos secrets mûrissements.
L'Avent, c'est une femme étonnée qui, soudain, devient mère
en prenant dans ses bras l'enfant qui vient la mettre au monde.
Noël, c'est la naissance de l'homme autant que celle de Dieu !
Mince trouée de lumière dans l'obscurité drue de nos vies,
aube nouvelle sur tant de nos blessures, douce paix matinale
sur tant de nos blessures, douce paix matinale sur
les angoisses fiévreuses de nos nuits d'insomnie…
Noël qui s'annonce,
Noël qui vient,
Noël qui trace son improbable voie
Au cœur de nos ténèbres,
Noël en nous,
Noël autour de nous,
Noël malgré tout,
Noël qui naît si nous le laissons naître…
2éme jour :
La joie est le trésor que l'on découvre au fond de soi lorsqu'on est parvenu à se désemcombrer de ses attentes, de ses illusions, de ses jugements et de ses peurs.
3éme jour:
Renouer avec l'enfant qui sommeille au-dedans.
Tendre obstinément la main vers le matin qui vient
S'étonner de ceux qui nous sont donnés
Aller vers la joie qui monte du simple
Entrer dans cette humilité qui est porte d'éternité quand la grâce suffit et que vient enfin le oui.
4éme jour :
Que dirais-tu Seigneur, si, à l'occasion de ce Noël, je faisais un très bel arbre au fond de mon cœur et qu'au lieu des cadeaux j'y accroche les noms de tous mes amis ?
Des amis proches et lointains. Les amis nouveaux et anciens. Ceux que je vois que rarement, ceux dont je me souviens toujours et ceux qui, parfois, sont quelque peu oubliés. Ceux des heures difficiles et ceux des heures heureuses, ceux qui, sans le vouloir, m'ont fait souffrir. Ceux que je connais de façon très intime et ceux dont je ne connais que les apparences. Ceux qui me doivent bien peu de choses et ceux à qui je dois beaucoup. Les noms de toutes les personnes qui sont déjà passées dans ma vie.
Il faudrait un arbre aux racines très profondes pour que leurs noms ne puissent jamais sortir de mon cœur. Des branches très longues, pour que les nouveaux noms venus du monde entier puissent se greffer sur ceux déjà là. Et qui donne une ombre immense pour que notre amitié soit un moment de vrai repos, au milieu des luttes de la vie.
5éme jour :
Fais de ta maison une crèche
Ton enfant dort. Tu vas la nuit le contempler. C'est si beau l'innocent que tu as fait naître. C'est la crèche de tous les jours. Tes vieux parents attendent ton coup de fil ou ta visite. Tu es leur roi mage. Parce que dans ta crèche familiale, sans eux tant d'étoiles s'éteindraient.
Tu as refusé de chercher dans ton travail la performance et le profit qui écrasent tout. Tous les liens d'amour que tu as tissés sont prioritaires pour toi. Tu vois la joie éclairer les visages de ceux et celles avec qui tu travailles, ou auxquels tu donnes du boulot huit heures par jour. Garde chaleureusement cette crèche vivante. Elle est à façonner jour après jour.
Le prisonnier qui déchire dans sa cellule toute photo de cul et qui refuse d'avoir les yeux rivés sur la télé fait de ses quelques mètres carrés l'espace idéal pour une crèche toujours habitée par l'amour fraternel. Quand tu refuses la télé dans chaque chambre de tes mômes et que tu interdis au salon les jeux électroniques, walk-mans et autres gadgets isolants, tu fais de ta maison la crèche où tes enfants seront rois.
La royauté d'une famille, c'est son formidable pouvoir de s'écouter.
Tu vas mettre sous ton sapin la crèche, source d'amour : Jésus pauvre, petit, naissant dans le seul endroit chaud qui lui restait ouvert. Parle de ce mystère d'amour dès maintenant avec tes gosses. Ils ont une capacité de don insoupçonnée, si tu leur parles de partage.
Alors tu verras une formidable lumière illuminer ta nuit de Noël. Les yeux brillants d'amour de ton couple et de tes lardons seront les étoiles de cette nuit-là. Ce sera si beau que chacun refusera de vivre cela seulement un soir par année !
Si ce mystère central habite chaque jour ta demeure, alors baptise ta maison « Noël ».
6éme jour :
Pour la Saint Nicolas,
Le doute enferme,
L'espérance ouvre, accueille, rend possible.
7éme jour :
En ce temps-là les étoiles se cueillaient à pleines mains dans le ciel d'Orient.
Plus indomptables que les grains de sable elles filaient entre les doigts
de qui songeait à les retenir.
C'était de la lumière vive un feu à même le désert une braise dans la nuit.
Celle-là n'avait rien demandé.
Elle avait la fragilité de ceux qui se cherchent.
Elle ne serait pas née si on ne l'avait regardée.
Encore toute étonnée elle rougissait d'avoir été remarquée.
C'est pourtant d'elle que l'histoire a gardé la mémoire.
C'est elle que l'espoir a découpé dans le noir.
Il a suffit qu'une étoile et un regard fassent alliance
Pour que la joie prenne au cœur de l'humain.
Il faut toujours de la lumière d'ailleurs
Et des yeux d'ici pour que la vie trouve son chemin
et que naisse enfin l'Enfant qui nous emmène vers demain.
Merci Marie-Pierre.
Bonne Fêtes de la Nativité et de la Théophanie (7 Janvier) à tous.
Que Dieu vous bénisse.
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©2006 EGLISE ORTHODOXE FRANCAISE