MESSAGE pastoral - 17 decembre 2018

 

 

 

 

 

Chers pères,

Chers frères et sœurs en Christ,

Chers amis fidèles,

 

 

 

Quelques nouvelles de notre Eglise en ce jour béni où nous honorons localement la fête de saint Lazare de Béthanie, l’un des grands saints protecteurs de la Provence et de notre communauté de « Saint-Michel du Var »...

 

Après le grand moment ecclésial vécu lors de la rencontre « Christianisme et Ecologie » autour de la fête de l’Archange Michel, les différents thèmes abordés à cette occasion ont été aussi développés dans nos communautés sud-américaines au cours d’un voyage pastoral très riche accompli courant octobre... Ces transmissions se sont poursuivies en novembre à Saint-Michel du Var et dans d’autres lieux de retraite en France et en Suisse...

 

Ces moments de partage vécus dans différentes contrées ont semblé nourrir la quête de sens commune à toutes les communautés rencontrées. Et je m’émerveille toujours plus de constater à quel point la tradition chrétienne porte en son sein de précieux trésors susceptibles d’éclairer les grandes interrogations émergeant de nos sociétés en feu...

 

Aujourd’hui, un constat est évident : l’humanité est entrée dans une période cruciale. Un appel au changement, même s’il est encore minoritaire, se fait clairement entendre – appel à une « insurrection des consciences » selon le dire du paysan-philosophe Pierre Rabhi -... De multiples initiatives novatrices se font jour dans une ambiance souvent angoissante des mauvaises nouvelles émanant de nombreux experts toutes disciplines confondues.

 

En ces temps d’Apocalypse – Apocalypsis en grec ne signifiant absolument pas « catastrophe » mais « dévoilement, révélation » - l’Eglise est invitée plus que jamais à témoigner de la Puissance inouïe du Message Pascal dont elle est dépositaire. Elle doit offrir une Parole audible non seulement « dans ses murs » mais surtout « hors ses murs », au cœur du monde, pour accompagner, donner du sens et finalement tempérer les grandes contractions qui empoignent toutes les matières créées. Car il s’agit bien, nous rappelle l’Evangile (Matthieu 24, 8), de douleurs d’enfantement ouvrant le passage au « Nouveau » et s’accompagnant d’un inévitable effondrement...

 

Mais faut-il le souligner, seul s’effondre ce qui est susceptible de s’effondrer, et ce qui s’effondre, diront certains, c’est ce qui ne nourrit plus le Vivant, c’est ce qui est déjà mort...

 

C’est dans ce contexte que l’élan initié à l’occasion de la rencontre autour de la fête de l’Archange Michel doit se déployer maintenant de manière plus dense. A côté de l’apport d’enseignements proposés par nos prêtres en paroisse, par différents intervenants lors de sessions et dans le cadre de l’Ecole de Philocalie, la communauté monastique en lien avec les résidents sur le lieu de « Saint-Michel du Var » a décidé d’intensifier sa vocation de prière, d’intercession et de veille :

 

-         En dehors du lundi, jour de désert, un office de matines sera désormais célébré à 7h, juste avant la liturgie quotidienne de 7h30. Dès lors, le temps de prière-méditation silencieuse débutera maintenant à 6h30.

 

-         Chaque semaine à partir du 2 janvier 2019, la journée du mercredi sera entièrement dévolue au jeûne et à la prière (offices monastiques, rosaire orthodoxe, acathiste à la Vierge Marie...)

 

-         Pour rappel, les 5 et 6 de chaque mois (en dehors des sessions) sont organisées des journées et nuits de prière ininterrompue en association avec le mouvement international œcuménique de prière pour la guérison de l’Humanité inspiré par l’ancien archevêque de Malines-Bruxelles, Mgr André Léonard et de Sabrina Covic Radojicic (voir www.maranatha-conversion.com).

 

Concernant l’organisation des projets de l’écosite de Saint-Michel du Var, nous avons posé qu’à partir du 2 janvier 2019, chaque vendredi deviendrait journée de bénévolat permettant à tous et toutes de participer aux tâches d’aménagement du lieu.

 

Aujourd’hui, nous en sommes encore à la phase de l’état des lieux concernant les structures existantes. Différents devis sont actuellement à l’étude...

Pour inaugurer ensemble un chemin plus concret d’incarnation du projet, nous vous proposons de visionner le film « l’Eveil à la Permaculture » de Adrien Bellay, sorti en 2018 - en précisant que ce terme, plus que des modalités particulières de culture, désigne une vision globale et une méthodologie permettant de mettre en relation de manière harmonieuse tous les éléments et les règnes au service du Vivant.

 

Tous ceux et celles qui sont intéressés par la découverte de ce documentaire et des perspectives qu’il offre pour tous nos lieux sont conviés au prochain collège ecclésial qui aura lieu, le 20 janvier prochain, après les agapes de la fête des Noces de Cana...

 

En ce temps de Noël à venir, contemplons en guise de conclusion, ce poème d’une brûlante actualité...

 

« L’empire avait la forme de Babel.
Il pesait sur la terre comme une meule
et la terre étouffait sous le poids de la roue,
de cette pierre écrasante, l’empire.
Elle souffrait dans la tenaille et le carcan.
Malgré les dieux, l’humanité se sentait seule.
Il lui manquait un père, un ami, dans le ciel.
Il nous manquait un fils plus humain que nous-même.
Il nous manquait une parole, son mystère.
Il nous manquait une veilleuse dans la nuit.
Les jours nouveaux étaient pareils aux jours d’antan.
Un césar succédait à un autre césar.
Il y avait toujours une province qu’il fallait
ajouter à la province la plus lointaine
comme l’avare dans sa cave tasse un autre sac
et puis cet autre encore, il reste assez de place.
– Quand viendra l’heure de ton dernier souffle,
que feras-tu de ton trésor de boue ?
Les forgerons forgeaient plus de cuirasses que de socs
et les charrons fabriquaient plus de chars que de charrues
et de charrettes pour les moissons et les noces.
Le champ donnait du fruit ou bien n’en donnait pas.
Quand venait la famine chez les paysans,
ils s’enrôlaient soldats sous le casque et l’épée.
S‘il faut tuer pour vivre, nous tuerons, comme à la chasse !
C’était bientôt, plus loin, là-bas, d’autres famines
et des révoltes qu’il fallait juguler par le sang.
La conquête et la guerre étaient la loi du monde.
On saluait aux carrefours le bronze des Césars
ou la pierre, le marbre, de leurs simulacres,
leur main levée au milieu des nuages
comme s’ils imposaient leur discipline aux vents.
Nous vivions des malheurs et vivions des bonheurs.

 

Que manquait-il ? Il nous manquait la joie.
Il nous manquait de n’être pas plus que nous sommes.
Ne vivons-nous que pour un jour cesser de vivre ?
Ne sommes-nous que cette haleine fugitive
et le temps d’un regard qui s’étonne et s’éteint ?
Ne sommes-nous que cette âme captive de l’ombre ?

 

Ô cœur, mon cœur, comme tu m’es lointain !
Alors Dieu vint parmi nous, se fit homme.
Il fut pour nous le chemin et la voie,
la vérité, la vie, et cette main tendue
comme la main qui sauve un enfant qui se noie.
Il nous rendit la Lumière perdue
depuis le premier jour au sortir du jardin
que nous avons quitté, mais qui fut nôtre.
Dieu voulut parmi nous se faire Fils de l’Homme.
Ce fut, un jour de neige, à la fin de décembre
en un lieu-dit hameau de Bethléem,
quelque bourgade obscure et très pauvre de Palestine.
Et tandis que César Auguste dénombrait,
les inscrivant de son encre latine,
un à un, en tout lieu, la foule des vivants
comme un pécheur lance la nasse dans l’étang,
l’empire doucement se changeait en Royaume. »

 

Claude-Henri Roquet dans Méditations de Noël, in illo tempore, Le centurion

 

 

Joyeux Noël et chaleureuses bénédictions à chacun et chacune…        

 

                Evêque Martin